F.T. MARINETTI

by Michel Delville


F.T. MARINETTI

Vegetarian cubist square. A first splash followed by nationalist coquetries. The preciosity of anti-matter. Abolition of weight and volume. Mannerisms of tactilism and polymorphous orality. Raw meat brayed by trumpet blasts. A taste for metal that kills and pretends to awaken life’s purpose. The terrorism of abjection. Working their way towards a continuous display and a progressive synthesis of the dawning senses. Mixing conflicting flavors and colors, whipping the nerves to action, flattening forms, and whisking away the qualms of labor. Plenitude of covetousness, insatiable leagues of combat, preservative food additives in state of agitated merriment, extension of the realm of fight promotion, contingents sagging with fear. The antidote is to be found in the lower walls of the stomach, painted as they are with blazing savors. Gobbling up the whole world, with its milled rice stocks, its panettone, and its stuffed Milanese hams. Bring to a boil, then regurgitate in multicolored sparks. Words in freedom, exploded body parts à la mode d’Adrianopolis. Fates dismissed by the world’s only hygiene and the tyranny of innovation.

 

© translated by Michel Delville

F.T. MARINETTI

Carré cubiste végétarien. Une première éclaboussure suivie de coquetteries nationalistes. Préciosités de l’anti-matière. Abolition des volumes et du poids. Maniérismes du tactilisme et de l’oralité polymorphe. Viande crue déchirée par des explosions de trompettes. Le goût du métal qui sème la mort sous prétexte de ranimer la vie. Terrorisme de l’abjection. Développement continu et synthèse progressive des sens en éveil. Mélange des goûts et des couleurs qui se disputent et se confondent, fouettent les nerfs, secouent les viscères, allument les instincts, aplatissent les formes, et éloignent durablement du travail et de la douleur. Plénitude de la convoitise, insatiables faisceaux de combat, agents conservateurs en état d’hilarité avancé, glissement du domaine de la lutte, affaissement des troupes dans le stupre et l’épouvante. En guise d’antidote, peindre les parois intérieures de l’estomac de saveurs fulgurantes. Engloutir le monde entier, avec ses réserves de riz, de panettone et de jambons farcis à la milanaise. Ensuite, les régurgiter en gerbes multicolores. Mots en liberté, membres éclatés saignants à la mode d’Adrianopolis. Destins congédiés par l’hygiène du monde et la tyrannie de l’innovation.

© Michel Delville