Borders

by Marie Ginet


Borders

Borders coming from the inside of the outside

absorb each other and lengthen.

 

There were there for my

white girl’s eyes, protected by

a mother’s love,

who’d seen the sand beneath the pavement,

they were the light charcoaling of old globes

whose bloodstains had evaporated.

 

A shammy cloth caressed the window

and daylight slowly entered the kitchen.

 

I learnt terror from history books
the Maginot line, the blue line of the Vosges mountains

it was just an abstraction

shite sectarianism shoved away for good.

 

 

Cos I’d been born later

and the world should have the exact

crystal-clear shape of my dreams

 

My carriage as blue as nightfall

cataclop catacop catacop catacop tchou

 

My carriage as blue as nightfall

would pass beyond the dark and rainy arch of slag heaps

it would follow the track of cyclists from hell

would penetrate the belly of whales, cargoes,

docking by deserts,

virgin forests,

unknown.

 

It would be a meeting of pygmies and angels,

of skins dark and free,

of fabulous First Peoples, with delicious souls

on Mondays in the sun!

 

My... cataclop catacop catacop catacop tchou

my carriage as blue as nightfall

would cross the puzzle of snow-covered mountains

would traverse the moon, stars and islands.

 

Borders coming from the inside of the outside

absorb each other and lengthen

 

I already understood
that disgust increases with knowledge

 

Beirut froze

in its blood that chills you

below the sun

Chabra! POUH!

Chatilla! POUH!

Rue des Rosiers! POUH!

Amococadix!

Ruin of flowers and rivers

 

 

When I visited the antechamber of evil

The guide spoke to me
BLA ! BLA ! BLA ! BLA !

I saw in front of me the filthy grouting

between the tiles of death chambers,

just rubbish tips

I saw the photographs of shaved corpses,

the gas pipes

BLA ! BLA ! BLA ! BLA !

And the smell of damp

which seized me by the throat

which tightened my guts

Impossible!

Unthinkable!

Those extracted golden teeth

Those mass endless graves

That invasion of darkness

That stench of fungus

Rust being decomposed by a petrified winter!

BLA ! BLA ! BLA ! BLA !

BLA ! BLA ! BLA ! BLA !

 

Borders coming from the inside of the outside

each day hardening.

 

A new century was born, dwelling on terrors,

Like a cuttlefish bone between dirty bars

as though already cursed

it is the trace of a day in mankind’s gob.

 

Satellites cast out rampant pixels

into the belly of the evening

and sorrow tumbles down!

 

We suffocate from living like jackals

like half a human being, we suffocate

from being soldiers contained in lines

the accomplices of an order dividing heaven

chiselling out its clouds

SCHLAG

the form of white monsters

a mane

elastic zeal

a fountain of youth

chiselling out its colours

SCHLAG

azure splashed by muddy boots

of leather regimes

by the brown and fetid

by the sombre and forever,

certitude swallowed

a dead pearl-less oyster in the gurgling of oil

 

Chiselled-out sky SCHLAG

Cameras SCHLAG  satellites!

 

It is sais that we need borders so as

to remain prisoners of our own fears

…while foreign, half-bred scum

while the simple-minded,

and legless,

the mild,

ill-born idiots,

fetuses with vulvae,

niggers,

gippoes,

gutter rats

die out.

Translation by Ian Monk

Frontières

Frontières qui venues du dedans du dehors

se résorbent et s'allongent.

 

Elles étaient pour mes yeux

de blanche protégé

par l'amour d'une mère,

qui avait vu le sable au dessous des pavés,

elles étaient le léger fusain des mappemondes

dont les tâches de sang s'étaient évaporées.

 

Une peau de chamois caressait le carreau

et le jour pénétrait lentement la cuisine.

 

J'apprenais la terreur dans les livres d'histoire :

la ligne Maginot, la ligne bleu des Vosges,

ce n'était qu'abstraction,

sectarisme cracra à jamais repoussé.

(…)

 

Moi j'étais née plus tard,

le monde aurait la forme

limpide précise de mes rêves.

 

Ma diligence bleue couleur de nuit qui tombe

cataclop catacop catacop catacop tchou

 

Ma diligence bleue couleur de nuit qui tombe

passerait des terrils l'arche sombre et pluvieuse,

elle suivrait le pavé des cyclistes d'enfer,

pénétrerait le ventre des baleines cargos,

accosterait déserts,

forêts vierges,

inconnu.

 

Ce serait la rencontre des pygmées et des anges,

des peaux noires qui libres,

des indiens fabuleux à l'âme délicieuse,

des lundis au soleil !

 

Ma....cataclop catacop catacop catacop tchou

ma diligence bleue couleur de nuit qui tombe

traverserait l'egnime des montagnes neigeuses,

sillonnerait la lune les étoiles les îles.

 

Frontières qui venues du dedans du dehors

se résorbent et s'allongent

 

Je comprenais déjà

qu'avec la connaissance grandirait le dégout

 

Beyrouth se figeait

dans son sang qui vous glace

au-dessous du soleil

Chabra ! POUH !

Chatilla ! POUH !

Rue des Rosiers ! POUH !

Amococadix !

Ruine de fleurs et de fleuves.

 

 

Alors j'ai visité l'antichambre du mal

Le guide me parlait ...

BLA ! BLA ! BLA ! BLA !

Je voyais devant moi les joints sales

aux carreaux des chambres mortuaires,

simples bacs d'ordures.

Je voyais les photos de cadavres rasés,

les conduites de gaz

BLA ! BLA ! BLA ! BLA !

Et l'odeur de moisi qui me serrait la gorge

qui me serrait les tripes

Impossible !

Impensable !

Ces dents d'or arrachées

Ces charniers sans limite

Cette invasion de l'ombre

Ce parfum champignon,

rouille que décompose l'hiver pétrifié !

BLA ! BLA ! BLA ! BLA !

BLA ! BLA ! BLA ! BLA !

 

Frontières qui venues du dedans du dehors

se chaque jour durcissent.

 

Un nouveau siècle est né qui ressasse l'effroi

Comme un os de sèche entre les barreaux sales

comme déjà maudite

est l'empreinte du jour dans le bec de l'homme.

 

Les satellites lancent des pixels rampants

dans le ventre du soir

et le chagrin s'abat !

 

Nous étouffons de vivre en chacal

en moitié d'être humain

d'être les soldats qui contiennent les lignes

les complices d'un ordre qui divise le ciel

lui cisaille nuages

SCHLAG

forme de monstres blancs

crinière

zèle élastique

fontaine de jouvence

lui cisaille couleur

SCHLAG

azur éclaboussé sous la botte de boue

des régimes de cuir

par la brune et fétide,

par la sombre et toujours,

certitude avalée,

huitre morte sans perle au glou glou du pétrole

 

Ciel qui cisaillé SCHLAG

caméras SCHLAG satellites

 

Il faudrait, disent-ils, des frontières pour que

nous restions prisonniers de nos propres terreurs

...tandis que la racaille, étrangère et métisse,

tandis que les débiles,

les sans jambes,

les doux,

les idiots mal nés,

les fœtus à vulves,

les nègres,

les manouches,

les rats d'égouts

s’éteignent.