Red

Memories before the dawn

When I was nothing more

Than a rain of secret than a chill on the earth

A fragment of elements - a cluster of feelings

Not definitely shaped
Plot of infinity

 

The drum before my life

Which beat at the rhythm of an unknown heart

I was naked in the mildness of night

I was swimming on a cloud of soot

I was trying to find a path toward daylight

Toward the drum’s heights, but the countdown would

Drive me to the edge of a sun
That burned my ears and dazzled me like a ruddy gem

 

NOW I CAN HEAR THE DRUM ROARING ON THE EARTH

The balafon of fire that beats under my lids

The glow of aurora — the sweat of endeavour, the whiplash and the heat that devours [the flesh

The cotton bales, the throttled rum

The piled men, row upon row, in the ship’s hold

And the Torture Garden as port of call

 

A GREAT FIELD OF SCARS

The traces of my past end up in a pool…

Flashback — the wind slaps the back of my neck

The memory of Africa that comes again as syncope under my skull

Like the burn of a ciggy

Like the cane sugar juice in the Cyclops’ mouth cavity

 

SABAR !

Sabar - for my crushed glass memory - SABAR !

Sabar - for my star in its net

Sabar ! Fierce-blood lion

Black ballet of flies around the sun

Sabar ! - abandoned bottle in the sick alleys

Offering of pomade for the nomads of the night

Sabar ! — Tense muscles of ebony abandoned to the cane

Sabar ! — Bark that one tears to reach the sap

Aborted aurora to trap my dream

Sabar ! — Blue note tattooed on the dawn’s surface

 

 

 

JAZZ !

In phase and tune with my words and phrases

And my butterly-piccaninny tongue that hatches from its clayey gangue

The slippy snake which confronts walls

And silences the fortresses raised as watchtowers

When my memory falls asleep

 

RED ! My memory at the brink of dawn

RED ! My envy in the blaze of doom

 

RED ! The drums that take me back to life

And envy once again irrigates my veins

I can see the wind rise and swallow the veil that dazzled me

RED ! Djembé of sand !

RED ! Gwo ka growling in the ogre’s belly !

RED ! Bloody rum that intoxicates me

Now my senses are free !

 

RED ! Tom-toms that testify

RED ! Fear that I leave behind

RED ! Mud that washes out from myself

RED ! Smile of the woman I love

RED ! Perfume of the crowd I weave in and out of

And may I set foot on the soil

 

RED !

Flame of the twig

Star twinkling

And my pride is flying
over the city again !

 

RED !

Translated by Julie Nice

Rouge

Souvenirs d'avant l'aurore

Quand je n'étais encore

Qu'une pluie de mystère un frisson sur la terre

Un fragment d'éléments - un amas de sentiments

Pas vraiment définis

Une parcelle d'infini

 

Le tambour d'avant ma vie

Celui qui battait au rythme d'un cœur inconnu

J'étais nu dans la tiédeur de la nuit

Je nageais sur un nuage de suie

J’essayais de me frayer un passage vers le jour

Vers le front du tambour, mais le compte à rebours

M’a poussé jusqu'au bord d'un soleil

Qui brûlait mes oreilles et qui m'éblouissait comme un joyau vermeil 

 

 

A PRÉSENT J’ENTENDS LE TAMBOUR QUI RUGIT SUR LA TERRE 

Le balafon de feu qui bat sous mes paupières

La lueur de l’aurore - la sueur de l’effort, le fouet qui dévore la chaleur carnivore

Le coton emballé, le rhum étranglé

Les hommes empilés, au fond d’une cale

Pour une escale au jardin des supplices

UN GRAND DE CHAMP DE CICATRICE

Les traces de mon passé, se finissent dans une flaque…

Flash-back - Le vent claque sur ma nuque

Le souvenir de l’Afrique qui revient en syncope sous mon crâne

Comme une brûlure de clope

Comme le jus de la canne dans la bouche du cyclope !

 

SABAR !

Sabar - pour ma mémoire de verre pilé —  SABAR !

Sabar - pour mon étoile dans son filet 

Sabar ! Lion de sang farouche

Ballet noir des mouches autour du soleil 

Sabar ! bouteille abandonnée dans les ruelles malades

Offrande de pommade aux nomades de la nuit 

Sabar ! Muscles tendus du bois d’ébène qui s’abandonne à la canne 

Sabar ! Écorce qu’on force pour atteindre la sève

Aurore avortée pour retenir mon rêve

Sabar ! Note bleue tatouée sur la surface de l’aube

 

JAZZ !

En phase avec mes mots et mes phrases

Et ma langue papillon-négrillon qui s’extrait de sa gangue d’argile

Le serpent agile qui se mesure aux murs

Et réduit au silence les forteresses qui se dressent comme des miradors

Quand ma mémoire s’endort

 

ROUGE ! Ma mémoire au bout du petit matin

ROUGE ! Mon espoir dans les brasiers du destin

 

ROUGE ! Les tambours me ramènent à la vie

Et l'envie à nouveau irrigue mes veines

Je vois le vent se lever et avaler le voile qui m'aveuglait

 

ROUGE ! Djembé de sable !

ROUGE ! Gros Ka qui gronde dans le ventre de l'ogre !

ROUGE ! Rhum de sang qui m'enivre

Mes sens qui se délivrent !

 

ROUGE ! Tam-tams qui témoignent

ROUGE ! La peur qui s'éloigne

ROUGE ! La boue qui lave de moi-même

ROUGE ! Le sourire de la femme que j'aime

ROUGE ! Le parfum de la foule quand je me faufile

Et que mes pas foulent le sol

 

ROUGE !

La flamme de la brindille

L'étoile qui scintille

Et ma fierté qui vole

À nouveau sur la ville !

 

ROUGE !

Poems